À Pyongyang, une pyramide de verre de plus de cent étages domine la skyline depuis la fin des années 1980. L’hôtel Ryugyong, régulièrement surnommé l’hôtel le plus laid du monde, n’a jamais accueilli le moindre client. Ni réception, ni chambres opérationnelles, ni service hôtelier : la structure reste vide.
Une façade sans hôtel derrière : le Ryugyong vu du terrain
Quand on arrive à Pyongyang, la silhouette triangulaire du Ryugyong s’impose avant tout le reste. Le bâtiment écrase visuellement les immeubles alentour, et cette disproportion contribue autant à sa réputation que sa forme elle-même.
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Le problème n’est pas seulement esthétique. Les critiques portent sur un mélange d’inachèvement chronique et d’apparence brute. Pendant des années, la tour présentait une carcasse de béton gris sans revêtement, percée de fenêtres vides. L’enveloppe vitrée a fini par être posée, mais l’intérieur reste un chantier figé, sans aménagement fonctionnel.
Depuis 2018, la façade sert d’écran lumineux géant. Des animations et des symboles de propagande y sont projetés la nuit, visibles à travers Pyongyang. On passe donc d’un projet hôtelier à un support de communication politique, ce qui accentue le décalage entre l’ambition affichée et la réalité du lieu.
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Ryugyong : pourquoi la construction a échoué
La chute de l’Union soviétique et la crise économique qui a frappé la Corée du Nord ont stoppé les travaux au début des années 1990.
La reprise n’a eu lieu qu’en 2008, avec l’intervention de la société égyptienne Orascom. Cette entreprise, également présente dans le secteur des télécommunications nord-coréennes, a participé à la pose de la façade vitrée. Les travaux extérieurs se sont poursuivis jusqu’en 2012.
L’échec Kempinski, signal définitif
Le groupe hôtelier allemand Kempinski avait envisagé d’exploiter une partie de l’établissement. Ce partenariat aurait pu donner au Ryugyong un semblant de crédibilité commerciale. Kempinski a abandonné le projet en 2013, et aucun autre opérateur international ne s’est manifesté depuis.
Ce retrait illustre un problème structurel. Le régime nord-coréen dépend de partenaires étrangers pour ses infrastructures complexes, mais les sanctions internationales et l’isolement diplomatique rendent ces collaborations quasi impossibles sur le long terme.
Hôtel le plus laid : un surnom médiatique, pas un classement officiel
Il n’existe aucun palmarès certifié des hôtels les plus laids du monde. Le titre attribué au Ryugyong vient de la presse internationale, repris d’article en article jusqu’à devenir un lieu commun. On le retrouve dans des médias francophones, anglophones et asiatiques, toujours sans méthodologie derrière.
Ce surnom repose sur plusieurs éléments combinés :
- La forme pyramidale massive, inhabituelle pour un hôtel et perçue comme écrasante dans le paysage urbain de Pyongyang
- L’état d’inachèvement permanent, qui donne à la structure un aspect de ruine moderne plutôt que d’établissement de luxe
- L’absence totale de fonction hôtelière, qui transforme le bâtiment en symbole d’un projet raté plutôt qu’en lieu d’accueil
D’autres établissements dans le monde ont été qualifiés de laids par des critiques d’architecture, mais aucun ne cumule laideur perçue et inutilité complète comme le Ryugyong.

Propagande et architecture : ce que le Ryugyong dit du régime nord-coréen
L’objectif initial était de démontrer la capacité du pays à rivaliser avec les gratte-ciel sud-coréens et japonais. Le résultat a produit l’effet inverse : une vitrine d’échec visible depuis n’importe quel point de la capitale.
Le régime a d’ailleurs tenté de minimiser l’existence du Ryugyong. Pendant des années, le bâtiment n’apparaissait pas sur les cartes officielles de Pyongyang. Les guides touristiques encadrés par l’État évitaient le sujet ou donnaient des explications vagues sur les travaux en cours.
Un écran géant plutôt qu’un hôtel fonctionnel
La reconversion de la façade en support d’animations lumineuses depuis 2018 confirme un abandon tacite du projet hôtelier. On ne transforme pas la façade d’un hôtel bientôt opérationnel en panneau publicitaire. Le Ryugyong est devenu un monument de propagande, pas un lieu d’hébergement.
Les retours varient sur l’état réel de l’intérieur, car l’accès reste interdit aux visiteurs étrangers. Les sources disponibles décrivent une structure sans finitions, sans câblage complet, sans équipements sanitaires installés.
Visiter Pyongyang et voir le Ryugyong : ce qui est possible
Les voyageurs qui se rendent en Corée du Nord dans le cadre de circuits organisés aperçoivent le Ryugyong depuis plusieurs points de la ville. On ne peut pas entrer dans le bâtiment ni s’en approcher librement.
- Le Ryugyong est visible depuis la tour Juche et depuis plusieurs boulevards centraux de Pyongyang
- Aucune visite intérieure n’est proposée aux touristes, même encadrés
- Les photos du bâtiment sont tolérées depuis l’extérieur, contrairement à d’autres sites sensibles
Le Ryugyong reste un cas unique dans l’histoire de l’architecture mondiale. Un bâtiment conçu pour impressionner, qui impressionne effectivement, mais pour les raisons exactement opposées à celles prévues par ses concepteurs. Sa laideur tient moins à sa forme qu’à la promesse non tenue qu’il incarne depuis près de quatre décennies.

